Nous vous relayons ici un entretien d’Adélaïde Charlier, codirectrice du G1000, dans le journal le Soir (article réservé aux abonné·es).
On retrouve aussi un entretien sur matin première et un compte-rendu écrit sur le site de la RTBF :
La commission des Affaires institutionnelles du Sénat a voté le 30 mars dernier une première étape dans la disparition du Sénat. Le gouvernement De Wever souhaite supprimer la deuxième chambre du Parlement fédéral, devenue trop coûteuse et inutile à ses yeux.
A l’inverse, plusieurs voix s’élèvent contre cette suppression qui pourrait intervenir d’ici 2029 dont celle d’Adélaïde Charlier qui défend la transformation du Sénat belge en conseil citoyen permanent. « Le plus important aujourd’hui, c’est qu’on veut renforcer la démocratie en incluant les citoyens« , explique la nouvelle codirectrice du G1000, la plateforme belge pour l’innovation démocratique.
Le projet propose de tirer au sort 50 citoyens représentatifs de la population belge (28 Flamands, 14 Wallons, 6 Bruxellois) pour traiter un sujet par an de manière approfondie.
Cette assemblée permanente permettrait d’aborder des questions structurelles sur le long terme, « quelque chose que les parlementaires ont rarement le temps de faire« , souligne la codirectrice du G1000. Les sujets pourraient aller de l’accès aux soins de santé au mix énergétique, en passant par la défense nationale.
Une proposition concrète et économique
Le dispositif s’appuie sur une loi existante qui permet déjà la création d’assemblées citoyennes au niveau fédéral. « Ce qu’on propose, c’est juste de la rendre permanente« , précise Adélaïde Charlier, qui insiste sur le fait que la proposition « n’est pas révolutionnaire« .
Le coût estimé de ce « Sénat citoyen » serait d’environ 350.000 euros par an, soit « l’équivalent du salaire de trois sénateurs cooptés aujourd’hui« , permettant ainsi de réaliser des économies tout en renforçant la participation citoyenne. Une pétition lancée par le G1000 vise à recueillir 25.000 signatures pour mettre le sujet en débat à la Chambre.
Un rôle consultatif mais également structurel
Les citoyens tirés au sort seraient d’abord informés par des experts avant de délibérer et de formuler des recommandations directement transmises à la Chambre. « Ces recommandations infusent tous les débats politiques, que ça soit l’agenda du Parlement, les arguments utilisés par les parlementaires, mais aussi les programmes des partis politiques« , affirme la militante.
Pour garantir que ce rôle ne soit pas purement symbolique, Adélaïde Charlier mise sur « l’aspect de la permanence » qui créerait « un échange constant entre la chambre, le côté exécutif et le conseil citoyen« .
Du climat à la démocratie
Figure emblématique des marches pour le climat qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes il y a quelques années, Adélaïde Charlier constate que « le mouvement climatique se transforme« . « Pour faire face à l’urgence climatique qui nécessite des changements systémiques, il nous faut des outils très forts« , explique-t-elle, ajoutant que « toutes les personnes qui sont inquiètes des questions de l’urgence climatique devraient s’engager sur les questions démocratiques« .
La suppression du Sénat, actée dans l’accord de gouvernement Arizona, est donc perçue comme une opportunité : « Notre rôle ici, c’est de renforcer la démocratie, c’est très simple« , conclut-elle.