Le 23 mars, je lisais cet article inspirant : À Ménil-la-Horgne, une commune de 200 habitants dans la Meuse, depuis plus de six ans, c’est une assemblée citoyenne qui prend les décisions.

Le même jour, cet autre article, à l’antipode : « Réduire le nombre de députés wallons : voilà la proposition mûrie, réfléchie du jeune député wallon, Guillaume Soupart (MR) (…) passer de 75 députés wallons à 60, soit une réduction de 20 %. Ce qui ferait passer la Wallonie à un député pour 61.000 habitants (contre un pour 48.900 actuellement). « Les députés auront donc plus d’assise démocratique puisqu’ils représenteront plus de gens », explique Guillaume Soupart. »

M. Guillaume Soupart considère donc qu’en démocratie, moins d’élu·es c’est mieux. Si on suit le fil, un leader unique semble l’horizon ultime : légitimité maximale et très économique. Le fait que cela puisse engender de la distance supplémentaire entre les élu·es en questions et leurs représenté·es ne semble pas faire partie de ses considérations, alors même que la confiance des citoyen·nes dans le monde politique ne cesse de s’éroder.

Bien sûr, comme pour le Sénat, on sort l’argument monétaire : « Guillaume Soupart a même calculé l’économie générée par cette diminution : 2,830 millions ». Cette somme est présentée comme substantielle, et qualifiée par un journaliste (voir audio plus bas) de « non négligeable à l’heure de la sobritété démocratique« ). Si je ne me suis pas trompé dans mon calcul, la mesure permettrait d’économiser 0,0132 % du budget, pour 20% de député·es de moins.

En mai, on pouvait lire que Jacqueline Galant (MR) relance le débat sur la fusion des communes. Elle avance, elle aussi, l’argument d’économies d’échelle et d’une meilleure efficacité administrative pour justifier ces regroupements. Une fois encore cette logique de rationalisation territoriale signifie la réduction du nombre d’élu·es et ne semble considérer les institutions démocratiques que comme des charges à réduire. Une fois encore, on priorise des gains financiers limités au détriment de la proximité démocratique et de la capacité de contrôle local.

Est-ce vraiment vers ce genre de solutions qu’il faut se tourner pour améliorer notre démocratie ? J’en doute fort. A l’inverse de ces liquidations constantes de représentant·es (fusion des communes, volonté de supprimer le sénat, les provinces, des député·es, …), je suis d’avis qu’il faudrait réinstaurer un maximum d’organes démocratiques pour mieux opérer la jonction entre les citoyen·nes et les prises de décisions. On le voit bien dans les petits villages : les élu·es ne peuvent pas faire n’importe quoi, et la concertation est bien plus vivante. On peut même tendre vers la démocratie directe, comme dans l’exemple de ce village français que je citais en début d’article. Par exemple une assemblée par quartier, avec un·e représentante communal par quartier pour relayer les réflexions et décisions du quartier. Ca serait déjà un début.

Compte tenu de l’importance des décisions politiques sur nos vies, est-ce que cela ne vaut pas la peine d’y consacrer quelques centièmes de pourcents du budget supplémentaires ? Une fois une représentation plus solide instaurée, il sera aussi plus facile de prendre des décisions collectives courageuses afin de réaliser des économies à la fois substantielles et socialement justes.

En étant un peu provocateur, si on veut rester dans le thème de la « sobriété démocratique » et du « dégraissage », une réduction de 20% du salaires des élu·es serait probablement un signal plus à même de réduire le fossé grandissant entre celleux-ci et le reste de la population.


La constitutionnaliste Anne-Emmanuelle Bourgeaux évoquait le sujet de la réduction du nombre d’élu·es wallons dans une interview sur « Les Infos » ce 13 mai, en dénonçant l’exécutivisation du système politique belge, à savoir le poids croissant des ministres au détriment des parlements. Elle souligne également que la proposition de M. Soupart éloignerait mécaniquement les citoyen·nes des élu·es.

Je vous invite à écouter le passage en question de 5:10 à 8:30, ou directement ci-dessous.