Le mercredi 08 avril 2026, notre collectif, CaP Démocratie, a organisé un rassemblement devant le Parlement Wallon. Costumés de façon à évoquer le Moyen Âge, nous avons remis plus de mille signatures de notre pétition. Celle-ci réclamait aux parlementaires de nous recevoir afin de faire le point sur le manque de suivi apparent des recommandations de la commission délibérative mixte que nous avions réclamée.

Rassemblement du collectif CaP Démocratie devant le Parlement Wallon le 08 avril 2026

Pourquoi ce rassemblement ?

En 2023, nous avons initié la première Commission délibérative en Région wallonne, où 30 citoyen.nes tiré.es au sort et 10 députés ont débattu de l’implication des Wallons dans la prise de décision. 30 recommandations ont été déposées au Gouvernement et examinées par tous les partis politiques. Cependant, presque deux ans plus tard, nous constatons que les seules mesures prises dont nous ayons connaissance sont une infographie très insuffisante.

Nous avons toujours eu une approche constructive. Dans cette lignée, nous avons tenté d’organiser un événement au Parlement pour rencontrer les parlementaires et inviter des expert.es de la participation citoyenne et d’anciens panélistes. Le Parlement nous l’a refusé, prétextant que les mesures que nous souhaitions promouvoir à travers cet événement devraient être « utilement évaluées avant que soit organisée la rencontre envisagée». Bref, on nous a poliment envoyé promener, prétextant qu’on discuterait des mesures en question une fois qu’elles auraient été mises en place. Ce qui semble bien vouloir dire jamais, pour autant qu’on en sache.

Une gouvernance archaïque

Pour attirer l’attention de la presse et des autorités, nous avions invité nos sympathisant·es à nous rejoindre habillé·es de façon à évoquer le Moyen Âge (avec tout le respect que j’ai pour cette époque, elle évoque « l’archaïsme » pour la plupart des gens). L’idée était de mettre en exergue le fossé grandissant qui sépare notre modèle de gouvernance et le reste des évolutions sociétales. Alors que nos gouvernements paraissent paniqués à l’idée de perdre la course aux innovations technologiques et les implémentent à marche forcée, notre capacité à décider collectivement des usages que nous en feront ne cesse de régresser. Quels progrès avons nous obtenus depuis la naissance de la Belgique ? Fondamentalement, une extension du droit de vote à une plus grande partie de la population (plus une série de processus consultatifs, qui ne relèvent pas vraiment d’un pouvoir politique). C’est certes un pas dans la bonne direction, mais comparé aux évolutions des autres secteurs de la société (eau de distribution, électricité, espérance de vie, nutrition, éducation, ordinateurs, téléphonie, conquête de l’espace, internet, IA génératives, …) le constat est clair : notre système de gouvernance est archaïque. Passer d’une société régie par une caste aristocratique tirant sa légitimité de Dieu, de son « sang » ou de son mérite à une société régie par une caste politique élue n’est pas un progrès qui soufre la comparaison avec les autres innovations qui régissent notre quotidien. Pire, les innovations en question contribuent à déliter la société, incapable de les digérer tout en préservant le tissu social. Que ce soient l’accumulation de burn-out favorisée par l’hyper-connectivité, les fractures sociales liées aux bulles informationnelles des réseaux sociaux, les manipulations de l’opinion via ces mêmes réseaux, les bouleversements engendrés par les IA génératives en terme d’emploi, de rapport à l’humanité, à la créativité, au savoir, les exemples sont innombrables et le phénomène s’accélère. Ainsi, non seulement notre démocratie actuelle n’est pas à la hauteur de son époque, mais elle est aussi gravement menacée par la polarisation de la société, l’incapacité de penser dans le temps long et la défiance envers le monde politique.

Vers une démocratie plus participative

C’est pourquoi CaP Démocratie, s’appuyant sur de nombreuses études liées à la gouvernance, milite pour instaurer en Région Wallonne un dispositif citoyen (ou mixte) délibératif permanent. L’interêt d’un tel dispositif citoyen par tirage au sort est multiple. Citons trois exemples :

  • ces citoyen·nes ne sont pas soumis à des enjeux électoraux et partisans, ce qui offre une plus grande liberté de pensée et permet de proposer des scénarios plus courageux, systémiques, ambitieux;
  • ces citoyen·nes, de par la façon dont le tirage au sort est organisé, offrent des regards plus diversifiés que ceux des élu·es et couvrent mieux les réalités de vie de la population;
  • ces assemblées sont encadrées par des experts de la participation citoyenne dont l’objectif est de favoriser l’écoute mutuelle, le respect et la recherche du consensus, à l’inverse de l’arène politique médiatisée que constituent les parlements élus

Les exemples de telles assemblées commencent à fleurir, et certains dispositifs sont déjà permanents, comme à Paris et en communauté germanophone.

Il en va du devoir de nos parlementaires d’appliquer les recommandations de la commission citoyenne de 2023, lesquelles vont totalement dans ce sens. Qui plus est, les représentant·es de tous les partis les ont validées, et la presse ne manque pas de sorties, couvrant l’ensemble des partis politiques francophones, concernant leur profond attachement à la participation citoyenne.

Alors qu’attendent-ils ? Visiblement un coup de pied aux fesses. Nous sommes leurs obligés, aussi espérons nous, avec cet événement « folklorique » et notre pétition, les avoir incités à s’inscrire dans le sens de l’Histoire d’une amélioration de la démocratie. Sans cela, nous craignons fort que l’alternative ne soit un accroissement de la défiance envers le monde politique. Dans ce cas, tel l’Avare des fables d’
Ésope, à vouloir conserver leur trésor sans partage, ils pourraient bien finir par le perdre tout à fait.

Un rassemblement à l’ambiance aussi chaude que la météo

C’est sous un soleil radieux que notre collectif et ses sympathisants se sont rassemblés le 08 avril sur la place d’Armes de Namur. La plupart des participant·es ont fait l’effort de se costumer, et l’ambiance est chaleureuse. Percussion et accordéon assuraient une présence sonore, tandis que costumes, calicots et bannières assuraient la présence visuelle. Les médias étaient eux aussi au rendez-vous, dont Boukè, Vers l’Avenir, RadioCampus et un groupe de journalistes indépendants travaillant à un reportage pour Arte. Au total, une bonne quarantaine de personnes à vue de nez.

Après un bref rappel sur les motifs du rassemblement, le cortège « des gueux » s’est mis en marche, escortant vers le Parlement Wallon le cercueil de nos espoirs d’une véritable démocratie. Nous saluons l’accompagnement de la police qui, malgré le fait que nous n’ayons pas respecté la procédure administrative demandée, a contribué à encadrer en toute sécurité cette procession.

Arrivé au pied de la citadelle, le cortège a eu la surprise de trouver notre fantastique bouffon dont l’équilibre, tel celui de notre démocratie, ne tenait qu’à un fil. Grâce à sa harangue, les « gueux » se sont réveillés de leur torpeur et ont entrepris de convaincre les gardes encadrant le cercueil de mettre bas les armes. Cela fait, celui-ci fut ouvert, révellant une nouvelle surprise : « la véritable démocratie ». Sous les vivats, celle-ci a rappelé les recommandations de la commission délibérative de 2023, et invité le peuple a en revendiquer l’application immédiate. L’occasion aussi de rappeler que des élu·es de tous les partis se sont déclarés en faveur de telles innovations démocratiques.

Entamant le dernier acte, le groupe s’est dirigé vers le Parlement Wallon où « la véritable démocratie » a été porter un épais recueil contenant les centaines de signatures de pétition (plus de 1000 en comptant celles en ligne) réclamant le suivi des recommandations de la commission délibérative. Le tout, bien sur, sous le roulement des percussions, des chants militants et les vivats de toutes et tous.

Après quelque acrobaties supplémentaires du bouffon et quelques derniers chants, il fut temps de clotûrer l’événement tout en rappelant à tout le monde qu’il ne s’agissait là que d’une étape de plus dans la pression que le collectif entend bien mettre aux parlementaires pour passer de la parole aux actes. La prochaine devrait être notre audition au Parlement Wallon, suite à la remise de la pétition.

Si vous désirez rester informé·es du suivi de cette affaire, n’hésitez pas à nous suivre sur un réseau de votre choix ou notre canal signal.

Clarifications sur les ambitions du collectif

Bien que nous ayons des membres volontaires pour être porte-paroles, il arrive fréquemment que la presse interroge n’importe quel membre ou sympathisant·e. C’est très bien, et chacun·e a son propre regard sur les choses. Nous tenons malgré tout à souligner que la position officielle de CaP Démocratie est celle exprimée sur son site web, ou à travers les représentant·es que le collectif délègue (par exemple sur un plateau télévisé ou à la radio). En l’occurrence, tel qu’indiqué sur notre page « Qui sommes nous » :

Nous n’avons aucune prétention à nous positionner sur des sujets qui ne sont pas directement en lien avec ces objectifs (santé, technologie, éducation, économie, …). Nous faisons confiance à des processus délibératifs citoyens tels que des assemblées citoyennes par tirage au sort pour adopter des résolutions sur ces sujets. 

Bref, ne cherchez pas dans notre collectif une caisse de résonance pour appuyer une position sur des sujets polémiques tels que la vaccination, les OGM, EVRAS, le nucléaire, les guerres, etc. Nous pouvons uniquement, à notre échelle, soutenir les démarches visant à ce que ces sujets soient traités démocratiquement et qualitativement (en acceptant ce qui ressortira de la réflexion collective).

Dans la presse

La Libre Belgique : Rassemblement de doléances citoyennes à Namur pour interpeller le Parlement

La Libre Belgique : Il n’y a toujours pas de commission permanente regroupant citoyens et élus au Parlement wallon

Vers l’Avenir : À Namur, des « gueux » dénoncent « le silence » du Parlement wallon : « Comme les gueux d’hier, aujourd’hui, on n’entend plus les volontés du peuple »

SudInfo : «On s’est déguisé en gueux pour implorer le seigneur de nous recevoir»: des citoyens manifestent à Namur pour mettre en place une assemblée citoyenne

Radio campus : C’est une blague de parler de démocratie n’est-ce pas ? Encore plus aujourd’hui. Pourtant un collectif continue la bataille direction le Parlement Wallon

Boukè : L’info du 08 avril 2026

Boukè : L’info du 09 avril 2026

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